Apprendre le management grâce au poker

« Le patron ne pourra pas vous recevoir, il a cours de poker… » Depuis 2007, des stages de travail assez particuliers fleurissent aux quatre coins de la France. Rassurez-vous, nous ne parlons pas du dernier stage révolutionnaire sorti par le Pôle emploi, mais bien de jeu. Quoi de plus logique que d’apprendre en jouant ? Les animaux le font, et plus proches de nous, nos enfants. On préfère expérimenter pour tirer soi-même des conclusions de nos actions, plutôt que de lire de manière passive des belles théories que l’on n’appliquera jamais. C’est en partant de ce constat que les fondateurs de stages professionnels de poker sont nés (à ne pas confondre avec stage de poker professionnel où la dimension et les enjeux sont tout autres).

Pourquoi ces stages de poker existent ?

Les situations commencent souvent de la même manière pour les personnes intéressées par la formation en question. Suite à une situation professionnelle considérée comme un échec par celui qui la vit, le futur stagiaire a besoin de coaching. Il se voit donc proposer une session de deux jours de poker. Totalement opposés à une démarche de team-building, ces stages ne sont pas récréatifs ou destinés à développer un esprit de cohésion de groupe.

Les participants sont au maximum huit et sont là pour travailler sur eux-mêmes, pour enclencher une véritable remise en question. Ces stages de poker-management sont proposés entre personnes d’horizons différents ou au sein d’une entreprise. Ils sont particulièrement conseillés aux dirigeants et aux managers, mais pas seulement. Certaines agences de coaching en proposent même aux particuliers actifs en milieu professionnel. Pourquoi cibler ce public ? La prise de décision est un élément de fondation du métier et c’est ce libre-arbitre qu’il faut apprivoiser.

Si le coaching professionnel est à la mode, les codes du monde professionnel ont changé : fini la rationalisation à l’extrême, les cadres ultra rigides et les open-spaces bruyants, vecteurs de stress. Les nouvelles générations de travailleurs émergent et ils ont plus conscience de la valeur du travail, sont moins esclaves des contreparties salariales pour réfléchir sur leur activité professionnelle. Dans cette même optique, les dirigeants et managers sentent eux-mêmes qu’ils ont besoin de réévaluer leurs connaissances du monde professionnel, car les modèles qu’ils ont appris à l’école ne sont plus d’actualité, et pire, les font parfois déposer le bilan, car ils méconnaissent le marché sur lequel ils s’engagent.

L’une de ces agences de coaching proposant des sessions de poker raconte qu’un chef d’entreprise s’est présenté alors qu’il avait à l’époque l’équivalent de 160 000 € de factures impayées et qu’il était à deux doigts de déposer le bilan. Ce stage de la dernière chance lui a permis d’identifier ses erreurs et d’apprendre sur lui, sur son rôle de dirigeant et les composantes parfois difficiles de son métier. Quand on est le nez dans l’action, il est extrêmement compliqué de prendre du recul pour identifier ses points faibles.

Les parties de poker s’articulent autour de 8 participants maximum, elles sont supervisées par un coach professionnel. La majorité de cette session se composant de pratique, les joueurs apprennent à identifier leur zone de confort et leurs fragilités.

Un autre entrepreneur témoigne en disant que ce cours accéléré lui a permis de se rendre compte qu’auparavant il aurait tout tenté pour se développer, même des décisions dangereuses pour son entreprise. Il a aujourd’hui conscience des décisions qu’il prend et des conséquences attendues (ainsi que la position à adopter en cas d’imprévu).

Qu’apprend-on pendant les sessions ?

La formation, pour deux jours, coûte entre 650€ et 1000€, tout dépendra de votre statut. Le tarif est différent si vous venez à cette formation sur demande de votre entreprise ou si vous êtes un particulier actif (comme un futur autoentrepreneur par exemple).

Les parties de poker s’articulent autour de 8 participants maximum, elles sont supervisées par un coach professionnel. La majorité de cette session se composant de pratique, les joueurs apprennent à identifier leur zone de confort et leurs fragilités. En effet, après chaque partie, un debrief collectif est fait, puis individuel.

Le coach pose alors des questions qui poussent le participant à prendre conscience de son jeu, de ses décisions. Des questions orientées, telles que « pensez-vous que c’est la bonne stratégie ? », sont fermées pour que le joueur fasse un rapide bilan de la situation. Ensuite, les questions ouvertes, « comment vous-y êtes-vous pris ? » incitent une réflexion après coup, celle qui déclenchera le parallèle entre les règles du poker et le marché sur lequel on éprouve des difficultés.

Certains disent que le poker est une métaphore parfaite du management. Dans une entreprise (ou au poker), il faut savoir prendre des risques (miser ou non), en gérant au mieux ses ressources (jetons) et en restant optimiste (bluff, ou la fameuse politique du « a chip and a chair »). On se doit de savoir gérer ses émotions (face aux autres joueurs de la table) en essayant d’être clairvoyant sur la concurrence (autrement dit, garder la poker face). Si on perd l’occasion de signer un contrat important, on se remet en question et on apprend de ses erreurs (expérience de joueur également).

Pour résumer l’idée de ce stage-miracle, il faut apprendre à manager et à connaître le marché sur lequel on exerce ses actions de la même manière qu’au poker, on joue selon les règles du jeu et en s’adaptant aux joueurs adverses. L’une des agences souligne l’importance de cette analogie en nous racontant l’histoire d’un élève. Le stagiaire enchaînait les défaites au poker. Le coach a découvert en posant quelques questions que le joueur ne connaissait pas les règles du jeu. L’ironie du sort fait qu’il a déjà connu deux faillites dans sa vie professionnelle, probablement parce qu’il n’avait pas conscience de toutes les subtilités du marché sur lequel il se plaçait.

Ces parties de poker sont aussi l’occasion d’échanger sur la perception des expériences. Comme nous l’avons expliqué, après chaque partie, un debrief individuel est proposé, et c’est dans ce contexte que le participant raconte sa propre expérience. Nous conviendrons, comme les élèves le racontent, qu’une session ne transforme pas un stagiaire, mais déclenche en lui une suite de prises de conscience. Le dépassement de certaines peurs peut aussi amener le participant à identifier un frein à son ascension économique et/ou managériale.

Après ces introspections, le coach propose des jeux de rôle pour enseigner l’adaptation à son groupe de stage. Les erreurs sont, bien entendu, décortiquées, mais parfois encouragées, car elles ne portent pas à conséquence dans une simple partie de poker et permettent d’identifier les points-clés des zones à travailler. On adhère totalement à ces cours 2.0 qui remettent en question le travail des participants sans violence et avec beaucoup d’efficacité. Comme quoi, apprendre en s’amusant, nos enfants n’ont plus le monopole, et c’est tant mieux !

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